SAMBI ET SES AMIS ONT TRAHI LA NATION COMORIENNE
«Les comoriens ont les mêmes droits, les mêmes libertés et les mêmes obligations dans n'importe quelle partie du territoire. Aucune autorité ne pourra adopter des mesures qui, directement ou indirectement, entraverait la liberté de circulation et d'établissement des personnes, ainsi que la liberté de circulation des biens sur tout le territoire de l'Union». Ce sont les dispositions de l'article 7, alinéa 3 de notre constitution. Considérant au titre de l'article 1er de notre loi fondamentale que l'Union des Comores est composée des 4 îles de Mwali, Ngazidja, Maoré et de Ndzouwani, il en résulte que la décision prise par nos dirigeants d'accepter le dictat français, est illégale. Juridiquement, ce constat ne souffre d'aucune contestation.
Haute trahison, capitulation, soumission au joug colonial français, voilà ce que le Président SAMBI, son ami DJAFFAR, le ministre des affaires étrangères et DOSSAR, son directeur de cabinet ont choisi. Nul doute que l'histoire les jugera un jour car, aucun gouvernement de notre pays n'a été aussi loin dans la compromission. En échange de visas pour leur familles et d'un chèque en euros, nos dirigeants ont accepté de céder définitivement, l'île de MAYOTTE à la France. Ils ont décidé de parader ainsi, l'intégrité du territoire national. Au passage, ils ont piétiné la constitution de notre pays et ont fait fi, de toutes les règles qui doivent régir un pays démocratique. Comment trois individus peuvent-ils au mépris des règles établies, décider du sort de toute une nation ?
Finalement, Comme disent les grands politologues, les nations ont les dirigeants qu'ils méritent. A ce titre, il faut avouer que les comoriens découvrent peu à peu le vrai visage de celui qu'ils avaient pris pour le messie, le sauveur, je dirais même le prophète qui a été envoyé par Dieu sur la terre comorienne pour sortir le peuple meurtri, de la misère et surtout, pour lui rendre une dignité longtemps bafouée. En l'espace d'un mois, tous ces espoirs ont été anéantis car, «la bande des 3», une association d'apprentis sorciers qui n'a ni stratégie, ni vision lointaine de la chose politique a décidé pour nous. C'est de la politique à la petite semaine, de l'improvisation, de l'amateurisme pur et simple.
Après avoir affirmé avec force et détermination, l'appartenance de MAYOTTE à l'ensemble comorien et réitéré son refus d'accepter l'expulsion des soi-disant «clandestins» en provenance de cette île, le Président SAMBI vient lamentablement de capituler. Cela est non seulement indigne d'un personnage de son rang mais, plus grave encore, contraire à la constitution de notre pays. Quoi qu'on veuille nous faire admettre, la politique menée actuellement par SAMBI et ses amis, entérine et légitime l'occupation illégale de l'île de MAYOTTE par la France. Cela est tout simplement inacceptable car, l'intégrité de notre territoire dans ses frontières naturelles, n'est pas monnayable.
POURQUOI SAMBI A T-IL CEDE AUX EXIGENCES FRANCAISES ?
Il faut reconnaître qu'il n y a jamais eu de dialogue sincère puisque l'Etat français a imposé des conditions préalables à toute discussion. De plus, la plus grande opacité a entouré les pourparlers. Il en est résulté un déficit d'informations qui n'est pas très respectueux de la démocratie et qui dissimule bien de combines. En tout cas, il a fallu que les Comores acceptent d'abord de récupérer leurs «clandos». Excusez le terme mais c'est ainsi qu'on nomme nos concitoyens résidant à Mayotte. Comme une baudruche et malgré les effets de manches, notre gouvernement s'est minablement dégonglé. Quelles sont les garanties accordées à la partie comorienne ? Malheureusement, elles ne sont pas substantielles car, les multiples contentieux qui nous opposent à la France sont loin d'être réglés. Par contre, une chose est sûre, SAMBI a signé l'acte de vente de Mayotte à la France et BACAR ne sera jamais extradé aux Comores. En outre, les millions d'euros détournés au préjudice du trésor anjouanais et placés par BACAR dans les banques françaises ne seront peut être jamais restitués. Selon les résultats partiels des enquêtes diligentées à Anjouan, les sommes détournées dépassent de loin, l'aide financière promise pour payer les arriérés des fonctionnaires.
Certes, les Comores sont un pays pauvre qui a besoin de ressources diverses et de financement pour amorcer le développement. Pour autant, cette nécessité devrait-elle justifier la compromission grave dont le Président SAMBI vient de se rendre coupable ? Je n'en suis pas convaincu.
Incapables d'apporter des solutions pérennes aux multiples problèmes auxquels, les comoriens sont confrontés, nos dirigeants ont décidé à mi-mandat, de céder à la solution de facilité : Un chèque et une hypothétique coopération régionale qui, depuis son instauration, peine encore à porter des résultats. C'est un leurre, un véritable marché de dupe. En substance, comme disait le Général De Gaulle, «la France n'a pas d'amis, elle a des intérêts». Même si M. JEGO, secrétaire d'Etat français aux affaires coloniales n'a pas voulu dévoiler le fond de sa pensée, il faut que nos concitoyens sachent que le projet de construction d'une maternité à Anjouan n'est pas gratuit. Il s'intègre dans cette conception idéologique de la droite française, qui vise à établir spécialement et insidieusement pour Mayotte, le droit du sang. Autrement dit, les autorités françaises ne souhaitent plus que des femmes comoriennes viennent accoucher à Mayotte de peur que leurs futures progénitures puissent un jour, prétendre à leur droit à la nationalité française. Cela, SAMBI et son gouvernement ne l'ont pas encore compris.
QUE FAIRE DEVANT LE DICTAT QUE SAMBI ET SES AMIS NOUS IMPOSENT ?
La position adoptée par l'assemblée de l'Union est la seule, porteuse d'espoir car, elle s'appuie avant tout, sur le droit et donc, sur la légalité. Nous osons espérer qu'elle ne se résumera pas à de simples gesticulations et que nos députés iront jusqu'au bout de leur logique. En effet, dans un pays démocratique, l'initiative des lois appartient concurremment à l'assemblée et au gouvernement. Il revient donc aux représentants du peuple de faire comprendre au gouvernement que le processus amorcé de démanteler l'unité de l'archipel n'est pas conforme à la règle. Par ailleurs, ils ont pleinement, la faculté de voter une loi qui interdit l'expulsion des comoriens résidant à Mayotte. Enfin, ils doivent surtout signifier au pouvoir exécutif que pour être conforme à la norme, le futur traité bilatéral que l'ancienne puissance colonisatrice compte signer avec les Comores, doit obligatoirement être soumis à l'examen et à l'approbation de l'organe législatif à savoir, l'assemblée de l'Union. Devant le refus catégorique de SAMBI d'écouter la voix du peuple et de se conformer à la loi, cette démarche nous semble la mieux adaptée.
Parallèlement, toutes les femmes et les hommes soucieux du devenir et surtout de la dignité du peuple comorien, doivent rester mobilisés et ne jamais baisser la garde. SAMBI finira un jour par comprendre que rien ne pourra être durablement bâti sans l'adhésion pleine et entière de la communauté nationale. Il comprendra surtout le caractère perfide du pacte conclu avec la France qui, pendant 30 années de néocolonialisme et de coups d'état a été à l'origine de la déstabilisation de notre pays.
Enfin, nous devons penser au RWANDA qui est sans doute une nation pauvre mais qui a su administrer au monde entier, une grande leçon de morale politique. En effet, devant le refus de la France de reconnaître sa responsabilité dans les crimes commis pendant le génocide, ce petit pays africain a décidé de mettre fin aux relations diplomatiques avec l'empire français. Pour les autorités de ce pays, il s'agissait d'une question de principe et de dignité. Kayiri mhogo wa gnongo hari mwa ouhourou, raha namkatré wa samouli hari mwa ouroumwa. A méditer !
A PARIS, LE 19/05/2008/ AHMED- Tribune