Réformer le système de gouvernance des Comroes

Les Comores se trouvent aujourd'hui confrontées à une situation inextricable à l'heure où elles tentent de réformer un système de gouvernance qui absorbe quatre cinquièmes de leur PIB, car elles risquent ce faisant de raviver les tentations sécessionnistes que la Constitution avait été conçue pour prévenir.

Un débat public s'est ouvert dans l'archipel de l'océan Indien, composé des îles de la Grande Comore, de Mohéli et d'Anjouan, à l'approche du référendum du 22 mars, pour décider si le pays devrait alléger ou non sa lourde bureaucratie politique.

La situation est d'autant plus complexe que la France a décidé de tenir un autre référendum sept jours plus tard, le 29 mars, sur l'île controversée de Mayotte, pour faire approuver la départementalisation de celle-ci. La proximité temporelle des deux votes devrait faire monter la température politique sur les quatre îles.

Depuis leur indépendance en 1975, les Comores, ancienne colonie française, ont été le théâtre de plus de 20 coups d'Etat et tentatives de sécession. La Constitution de 2001, connue sous le nom des Accords de Fomboni, a été spécifiquement conçue pour mettre un terme aux cycles de violence qui avaient valu à l'archipel le surnom des « îles coup-coup ».

Mais le pays, l'un des plus pauvres du monde, a payé cette stabilité relative au prix de son développement. Conformément à la Constitution de 2001, le système électoral complexe des Comores prévoit un gouvernement semi-autonome et un président pour chacune des trois îles, ainsi qu'une présidence tournante pour le gouvernement fédéral de l'Union des Comores.

Les îles de l'archipel sont chacune dotées de leur propre assemblée, d'un président et d'un grand nombre d'autres prérogatives, qui absorbent environ 80 pour cent du budget annuel du gouvernement central.

« Pour un pays de 800 000 habitants, avoir quatre présidents, quatre gouvernements, quatre Assemblées et 36 ministères n'est pas réaliste... nous devons être plus modestes », a dit à IRIN Abdourahim Said Bacar, porte-parole du gouvernement de l'Union.

La Constitution de 2001 n'a néanmoins pas empêché Mohamed Bacar de faire main basse sur Anjouan : ainsi, en 2008, l'Union africaine a dû intervenir manu militari pour rétablir la démocratie.

Mayotte, la quatrième île de l'archipel, perçue comme partie intégrante des Comores par de nombreux Comoriens et comme un élément de la Cinquième République par la France, constitue une diversion inopportune pour Ahmed Abdallah Sambi, président de l'Union, originaire d'Anjouan, à l'heure où il s'efforce de réduire les dépenses de l'Etat et de débloquer des fonds pour le développement.

Les projets de référendum proposés prévoient, entre autres mesures, de concentrer les pouvoirs au profit du gouvernement de l'Union, et de réduire les pouvoirs des gouvernements autonomes de chaque île, et les frais qu'ils engendrent, en rétrogradant les présidents des îles au rang de gouverneurs, et les ministres et parlementaires aux rangs de commissaires et conseillers.

Les Comores se classent au 134e rang sur 177 à l'indice de développement humain des Nations Unies, et les revenus de la population comorienne diminuent en termes réels depuis 20 ans ; ils avaient atteint 633 dollars par habitant, en moyenne, en 2004.

Des tensions de plus en plus vives

Il a été proposé de prolonger le mandat du gouvernement actuel de l'Union de quatre à cinq ans, ce qui a provoqué la colère d'une majorité d'opposants à la réforme constitutionnelle, et alimenté les soupçons de l'opposition, selon laquelle il s'agirait là d'un premier pas franchi par le président Sambi en vue de l'établissement d'un pouvoir dictatorial et d'un régime illimité.

Aucun représentant de Mohéli n'a encore occupé la présidence tournante de l'Union prévue par la Constitution de 2001, et l'île n'apprécierait pas d'être privée de son mandat prévu en 2010 si le résultat du référendum faisait pencher la balance en faveur de la réforme.

M. Said Bacar, le porte-parole de l'Union, a noté que Mohamed Abdoulwahab, président de la Grande Comore, et Mohamed Ali Said, président de Mohéli, étaient également opposés au référendum, car ils risquaient d'être rétrogradés au poste de gouverneurs.

Le gouvernement de l'Union s'attend quant à lui à ce que soit approuvée, à l'issue du référendum, l'instauration d'une nouvelle bureaucratie politique, allégée, mais selon des sources diplomatiques, deux scénarios sont possibles : l'acceptation et l'approbation de la nouvelle Constitution par toutes les parties ; ou le rejet par les partis d'opposition, à la suite duquel leurs partisans seront mobilisés et descendront dans la rue, et en réaction, le président Sambi déclarera l'Etat d'urgence pour contenir les troubles civils.

Les partis d'opposition ont d'ailleurs appelé au boycott du référendum, bien que, selon M. Said Bacar, la Constitution actuelle permette au président de l'Union de le tenir. M. Said Bacar a dit avoir entendu parler de « réunions secrètes convoquées pour rechercher des mercenaires ; comme vous pouvez l'imaginer, c'est ridicule », compte tenu de « notre triste passé ».

Le mercenaire français Bob Denard et son armée privée, 'les Affreux', ont été impliqués dans quatre coups d'Etat contre les gouvernements des Comores à l'époque où Jacques Foccart était secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines.

« Monsieur Afrique », tel qu'était surnommé M. Foccart, a dirigé pendant plus de 20 ans un réseau d'agents déployés sur l'ensemble du continent pour assurer que les anciennes colonies françaises agissaient dans l'intérêt de leur puissance coloniale d'autrefois.

La question de Mayotte

Les Comores revêtaient une importance stratégique pour la France en raison de leur localisation, à l'entrée nord du Canal du Mozambique, à mi-chemin entre le Mozambique et Madagascar, et restent importantes aujourd'hui encore, selon Chris Ayangafac, chercheur principal à l'Institut d'études de sécurité, une cellule de réflexion africaine.

« La côte est de l'Afrique fait l'objet d'un intérêt de plus en plus marqué en partie parce que l'on cherche à contrer la présence croissante de l'Iran dans cette zone et aux Comores, et que la présence accrue de la France permet de la contrebalancer », a-t-il expliqué.

Pour M. Ayangafac, le référendum organisé par la France à Mayotte est un « rejet de diverses déclarations internationales », et sa « revendication sur Mayotte est un développement de la colonisation ».

L'accession de Mayotte au statut de département français, si les citoyens l'approuvaient à la majorité absolue, comme bon nombre s'y attendent, permettrait aux insulaires d'acquérir certains avantages, notamment de percevoir des pensions, des allocations chômage et un salaire mensuel minimum de 400 dollars.

Mayotte est restée sous autorité française depuis l'indépendance en 1975, et son souhait de devenir un département a été exprimé pour la première fois il y a plus de 50 ans, lorsque les députés mahorais ont présenté un projet de loi demandant que Mayotte se voie conférer le statut de département d'outre-mer, selon une déclaration du ministère français de l'Intérieur, adressée à IRIN.

Les Mahorais jouissent d'un niveau de vie 10 fois supérieur aux Comoriens, ainsi que d'un accès à l'éducation et aux services médicaux pour tous, selon le ministère. En avril 2008, le Conseil général de Mayotte aurait approuvé à l'unanimité la tenue du référendum.

Mayotte est un véritable pôle d'attraction pour les Comoriens en quête d'un emploi, et les femmes comoriennes entreprennent souvent le dangereux périple qui les mène sur l'île pour y accoucher - bien qu'il soit estimé que des centaines d'entre elles ont péri en chemin - et s'assurer que leurs enfants auront le droit d'acquérir la citoyenneté française et européenne.

« Cette mascarade de référendum [à Mayotte] est nulle et non avenue pour les Comores. Les Comores ont été acceptées au sein des Nations Unies en tant qu'archipel composé de quatre îles », a fait remarquer M. Said Bacar.

Pour M. Ayangafac, le référendum de Mayotte « est légal, mais pas légitime. Il n'est pas légitime car il bafoue [la résolution] 1514 [(XV), des Nations Unies] ». L'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 1514 (XV) en 1960, alors qu'une vague de décolonisation commençait à déferler sur le monde.

La résolution stipule que « toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l'unité nationale et l'intégrité territoriale d'un pays est incompatible avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies ».

La France a fait fi des revendications des Comores en les mettant devant le fait accompli. « La possibilité d'une départementalisation de Mayotte doit être soumise à l'approbation des Mahorais, en vertu de la Constitution française... Il ne s'agit pas d'un référendum, mais d'une consultation populaire », selon les déclarations du ministère de l'Intérieur.

« La consultation populaire de mars 2009 n'est pas un nouveau vote permettant de déterminer si Mayotte devrait ou non appartenir à la France ; l'appartenance de Mayotte à la République française a été garantie dans la Constitution lorsque Mayotte a été incluse dans la liste des "collectivités d'outre-mer" françaises, en vertu de l'Acte constitutionnel du 28 mars 2003 ».

Le ministère a exprimé un certain étonnement face à l'indignation du gouvernement comorien au sujet du référendum de Mayotte : en septembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy et le président Sambi avaient en effet formé un groupe de travail de haut niveau chargé de « chercher un moyen consensuel, calme et constructif d'encadrer et de développer des relations centrées sur le développement entre Mayotte et l'Union des Comores ».

Ce partenariat, a expliqué le ministère, avait pour avantages, entre autres, de permettre le développement de la coopération économique et commerciale entre les îles, et notamment « le ravitaillement de Mayotte en produits frais aux Comores plutôt qu'en Europe », l'apport d'une aide éducative, et la signature de deux accords sur la santé.

« Etant donné que la revendication de souveraineté de Moroni [capitale des Comores] sur Mayotte est unanimement soutenue par la classe politique dans son ensemble, les autorités comoriennes ne peuvent pas y renoncer. Toutefois, la détermination des Mahorais à n'être pas comoriens étant tout aussi inflexible, toute décision en ce sens serait matériellement impossible, quel que soit le souhait du gouvernement français », selon le ministère.

La rupture récente, par les Comores, du statu quo accepté consistant à reporter la « question comorienne de Mayotte » à plus tard dans l'agenda de l'Union africaine, constitue, de l'avis du ministère, « un pas en arrière, difficile à comprendre ».

# Posté le vendredi 27 février 2009 03:02

Sciences & Technologies: Câble inter-îles : signature du protocole d'accord

Mardi dernier à Antananarivo, les cinq pays de la COI (Commission de l'Océan Indien) ont signé un protocole d'accord sur la mise en oeuvre de SEGANET, un câble reliant les différentes îles.

Le protocole d'accord « formalise l'engagement des Etats membres afin de concrétiser le projet de câble sous-marin SEGANET pour leur besoin de coopération régionale, de développement, de lutte contre les inégalités et de désenclavement. »

Le protocole d'accord permettra, entre autres, la création d'un Comité stratégique et d'une entité spécifique pour la définition, la mise en œuvre, la gestion, l'exploitation et la maintenance du projet SEGANET.

Il facilitera l'accès des États membres pour la construction des sites d'atterrissement et autres infrastructures terrestres.

L'accord prévoit également « l'accès à la bande passante des populations des États membres de la COI, dans des conditions transparentes et non discriminatoires, afin de fournir du très haut débit et une diversité de services à des coûts compétitifs et équitables ».

Il autorisera la connectivité entre les États membres de la COI et leur connectivité internationale dans des conditions compétitives, ainsi que la mise en place d'un réseau sécurisé, fiable et capable de desservir l'ensemble des Etats membres à un haut niveau de qualité;

Enfin, il prévoit « la mobilisation des capitaux provenant notamment de fonds de développement, d'acteurs publics, semi-publics et privés, ainsi que des institutions financières, pour la réalisation, la gestion, l'exploitation et la maintenance du réseau SEGANET ».

Les signataires ont considéré que les pays de la COI se trouvent dans une situation déficitaire en matière d'infrastructures sous-marines ce qui ne leur permet pas de disposer d'une connectivité internationale optimale et que l'insuffisance d'infrastructures large bande tant terrestre que sous-marine est un obstacle majeur pour leur développement économique et social. Ils ont reconnu que la conception du projet boucle des îles «SEGANET», dans le cadre d'une vision globale pour interconnecter tous les pays de la COI, est pertinente en raison de l'état actuel des économies des Etats membres de la COI et des écarts dans leur niveau de développement. Les représentants des gouvernements des Etats membres de la COI ont également reconnu que la connectivité internationale est indispensable à la réussite et à la pertinence du projet car elle est non seulement une source de revenus mais aussi une ressource pour le développement du secteur des TIC dans les pays concernés. Ils ont trouvé judicieux de placer la compétitivité, la transparence et l'accessibilité dans les décisions relatives à la rentabilité et la tarification.

Aussitôt après la signature, le ministre comorien des Postes et Télécommunications, Chargé de la Communication et de la Promotion des nouvelles technologies, qui a présidé la cérémonie de signature, Abdourahim Said Bakar, a déclaré, devant la presse, que cette signature marquait ''l'ouverture d'un nouveau chantier de développement et un aboutissement de notre volonté de coopérer ensemble pour le bien des citoyens de nos pays respectifs''.

Les pays membres de la COI espèrent également un importante baisse des tarifs sur le haut-débit.

La Commission de l'Océan Indien regroupe les cinq pays de la région : Comores, Madagascar, Maurice, France (Réunion et Mayotte) et les Seychelles.

# Posté le vendredi 26 décembre 2008 01:44

COMORES: L'héritage d'un homme fort sur une petite île

MUTSAMUDU, 12 décembre 2008 (IRIN) - Contrairement aux innombrables personnes emmenées par les milices de Mohamed Bacar pour être passées à tabac sur les accusations d'informateurs payés, Laidine Abdullah a été trahi par une petite photographie de Moussa Toybou, candidat de l'opposition à la présidentielle, accrochée au mur et presque invisible au beau milieu du fouillis, dans son magasin. Cette photographie était une « preuve de sédition » contre l'homme fort d'Anjouan.

Le magasin de M. Abdullah est situé dans un labyrinthe de petites allées étroites, dans le quartier de Barakani, sur les pentes raides et luxuriantes d'Anjouan - la moins développée des trois îles qui composent l'Union des Comores : la Grande Comore, Mohéli et Anjouan.

La boutique se trouve à quelques centaines de mètres de la villa de M. Bacar, un édifice qui se dresse au beau milieu d'un océan de pauvreté, et dont l'architecture rappelle plus celle d'un bunker en béton que celle d'une résidence de luxe.

« Vers quatre heures de l'après-midi, huit soldats de Bacar sont venus avec leurs fusils et m'ont arrêté. Ils m'ont emmené au domicile de Bacar et ont commencé à me rouer de coups avec des bâtons de bois dans la cour », a raconté M. Abdullah à IRIN. « Ils m'ont attaché, m'ont mis dans une voiture et m'ont emmené à la résidence [officielle] du président, où ils ont continué à me battre. J'ai perdu connaissance. Au petit matin, ils m'ont jeté à la lisière d'un village. Je pense qu'ils devaient me croire mort ».

M. Bacar avait refusé de quitter ses fonctions de président d'Anjouan, en juin 2007, à la suite d'élections controversées. La situation avait abouti à une impasse à la fois face au gouvernement de l'Union des Comores, pendant près d'un an, et avec l'Union africaine (UA), et n'avait été résolue qu'avec l'arrivée des soldats de l'UA sur l'île, en mars 2008.

L'UA avait imposé des sanctions en octobre 2007, bien que les habitants d'Anjouan eussent déclaré apercevoir régulièrement des navires, sud-africains, dit-on, amarrés au large de l'île. Isolé, M. Bacar avait quant à lui imposé un couvre-feu et stationné ses miliciens à l'entrée des hôpitaux et des cliniques ; quiconque portait les marques d'un passage à tabac se voyait refuser tous soins.

M. Abdullah a passé 24 jours en convalescence, chez lui, avant de se rendre clandestinement à Mohéli à bord d'une petite embarcation. Il est ensuite allé à l'hôpital, sur l'île de la Grande Comore, où il a passé un mois de plus sous traitement pour soigner ses blessures.

Le temps que M. Abdullah retourne à Anjouan, M. Bacar avait fui avec une trentaine de ses miliciens, quelques jours avant l'arrivée des soldats de l'UA. Il se serait apparemment enfui à bord d'un bateau à moteur à grande vitesse, parti du village de Moya.

M. Bacar, fils d'un ancien soldat français de l'armée régulière, a trouvé refuge en Afrique de l'Ouest, après un passage sur l'île française de Mayotte, puis à la Réunion, autre île française, située dans l'océan indien, avant de s'installer au Bénin, ancienne colonie française.

Le territoire de Mayotte est revendiqué par les Comores, mais selon les autorités françaises, la plupart des habitants de l'île ont choisi de rester sous souveraineté française, à l'issue d'un referendum organisé juste avant l'indépendance, en 1975.

Il est prévu qu'un referendum soit organisé en mars 2009 pour déterminer si Mayotte devrait obtenir le statut de département d'outre-mer, dont les citoyens jouiraient des mêmes droits que ceux des Français de la métropole.

Vengeance

M. Abdullah a dit savoir que certains des soldats de M. Bacar qui l'avaient torturé se trouvaient à Mayotte, et a dit qu'il voulait « se venger », ou au moins être dédommagé de ses frais médicaux, qu'il a payés avec de l'argent emprunté à des amis et à sa famille.

Lorsque les soldats de l'UA ont mis fin au régime de M. Bacar, le président des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, « nous a dit de ne pas chercher à nous venger, que le gouvernement résoudrait la situation, mais rien ne s'est passé », s'est plaint M. Abdullah.

Abdoulrahime Said Bacar, porte-parole du gouvernement de l'Union, a déclaré à IRIN que le gouvernement cherchait activement à obtenir l'extradition de Mohamed Bacar auprès des autorités béninoises. « Nous ne voulons pas que ses crimes soient oubliés, ni pris pour acquis. Il doit payer et nous voulons qu'il soit jugé devant une cour pénale internationale », a-t-il indiqué.

La plante des pieds de M. Abdullah a été lacérée et tout son corps le fait encore souffrir, près d'un an après son passage à tabac. « Tout ce que je peux faire, c'est me lever. Je n'ai pas la force de travailler, ni d'entretenir mon potager ».

Tandis que M. Bacar subissait une pression croissante, face à des sanctions et à la menace d'un déploiement militaire, les membres de sa famille ont été nommés à des postes importants, au sein du gouvernement. La sour de M. Bacar, Fatima, ancienne enseignante, a été nommée directrice de l'éducation ; son frère Abdou, médecin, est devenu colonel et chef de la Force de gendarmerie d'Anjouan ; son autre frère, Ibrahim, instituteur, est devenu directeur des services publics. Tous se seraient enfuis à Mayotte.

Anjouan a été le catalyseur de la création du système électoral complexe en vigueur aux Comores, et négocié en 2001 par l'Organisation de l'unité africaine, prédécesseur de l'UA, dans le sillage de la sécession de Mohéli et d'Anjouan par rapport à la Grande Comore, en 1997.

Les Comores ont quatre gouvernements, qui absorbent environ 80 pour cent du Produit intérieur brut du pays ; chaque île est dotée de son propre gouvernement semi-autonome et d'un président, et un système de présidence tournante a été prévu pour le gouvernement fédéral de l'Union.

Cette structure avait été conçue pour mettre un terme à plusieurs années d'instabilité et de conflit politique, marquées par les invasions de mercenaires, les assassinats et plus de 20 coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat, depuis l'indépendance de l'archipel par rapport à la France, en 1975.

L'aéroport, un camp de torture

La piste d'atterrissage d'Anjouan, qui s'étend sur 1 400 mètres, en saillie dans la mer, d'un côté, et jusqu'au pied d'une montagne, de l'autre, est la hantise des pilotes. Au cours de la dernière année du régime illégitime de M. Bacar, l'aéroport effrayait pour d'autres raisons : des passages à tabac y étaient régulièrement perpétrés sur la piste, jonchée de gros rochers, placés là pour bloquer le trafic aérien.

Zouhari Bacar (aucun lien de parenté), un petit éleveur de 45 ans, ne sait toujours pas pourquoi, une nuit, à une heure tardive, lui et cinq autres personnes ont été enlevés chez eux, au village de Nyatanga, situé dans les hauteurs de l'île, au-dessus de l'aéroport, par une quinzaine de soldats.

« Ils nous ont ordonné de nous coucher sur la piste, et puis ils nous ont battus avec des matraques aux coudes, aux genoux, aux chevilles et sur la plante des pieds. Quand ils nous ont battus, ils nous ont dit que nous allions mourir. J'ai pensé aux membres de ma famille et je me suis dit qu'il n'y aurait personne pour s'occuper d'eux si je mourais », s'est souvenu M. Bacar.

« Nous avons été libérés vers trois heures du matin, mais un seul d'entre nous a pu marcher et aller chercher de l'aide. On nous a reconduits chez nous dans des brouettes. Il m'a fallu deux mois pour me remettre [du passage à tabac]. Deux de mes trois vaches sont mortes, parce que je ne pouvais pas m'en occuper et les nourrir ».

Kassus Ben-Alloui, un enseignant de 30 ans, qui travaille aujourd'hui comme réceptionniste dans un hôtel, a expliqué à IRIN que les couvre-feux nocturnes permettaient d'assurer que les habitants soient chez eux, et que cela permettait aux miliciens de venir les emmener plus facilement.

Les informateurs étaient payés pas moins de 5 000 francs comoriens (15 dollars), une petite fortune dans un pays qui se classe à la 134e place sur 177 à l'Indice de développement [humain] des Nations Unies. Selon M. Ben-Alloui, pendant cette période, « on disait souvent que les murs avaient des oreilles ».

Les personnes qui craignaient d'être arrêtées, en particulier les personnes instruites, dormaient souvent loin de chez elles ou sur le toit de leur maison. Lorsque les miliciens de M. Bacar ne parvenaient pas à arrêter une personne, ils emmenaient les membres de sa famille, qui étaient enfermés, sans eau, dans un container, à l'aéroport, dans une chaleur tropicale, jusqu'à ce qu'ils révèlent où se trouvaient leurs êtres chers, a raconté M. Ben-Alloui.

Depuis la libération de l'île, et face à la hausse du prix des vivres et des carburants, pourtant, les populations ont le sentiment que la situation n'était pas aussi grave qu'elle l'était réellement auparavant, malgré les exactions de M. Bacar, a expliqué M. Ben-Alloui.

« C'est un cas classique de populations qui ont traversé une période traumatisante et se retournent contre leurs sauveteurs parce que ceux-ci ne peuvent pas leur apporter immédiatement le secours attendu », a expliqué à IRIN Opia Kumah, Coordinateur résident des Nations Unies aux Comores.

« Dans de nombreuses régions en période post-conflit, lorsque l'aide n'est pas immédiate, le conflit tend à éclater de nouveau, or les Comores et Anjouan ne peuvent pas se le permettre », a-t-il expliqué. « Une personne qui a perdu une vache ou deux [sous le régime de M. Bacar]. on peut multiplier cela par mille environ », a déclaré M. Kumah.

« Un certain sentiment de désillusion est quasi inévitable », a-t-il estimé. « C'est pourquoi il est urgent de démarrer immédiatement la reconstruction et la réhabilitation post-conflit, pour améliorer les conditions de vie des populations ».

La mission d'évaluation des Nations Unies arrivée sur l'île peu après le départ de M. Bacar avait été choquée par l'ampleur de la destruction. Les infrastructures administratives avaient été démolies, les bureaux saccagés, les ordinateurs fracassés, et les infrastructures des domaines de la santé, de l'eau et de l'assainissement étaient délabrées.

Une mission de haut niveau, dépêchée par la suite par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), a également fait état d'un taux de malnutrition élevé.

Aujourd'hui, les Comores sont en droit de bénéficier de l'aide du fond de consolidation de la paix du Secrétaire général des Nations Unies. Une fois perçus, ces fonds contribueraient à financer le renforcement de la sécurité, la promotion de la cohésion et de la réconciliation nationales, ainsi que la relance des activités économiques.

« Pour pouvoir parler de stabilité à Anjouan, il faudra créer une passerelle entre [la situation] post-conflit et le développement durable, ce qui prendra deux ou trois ans », a estimé M. Kumah.

Moussa Toybou a remporté les élections présidentielles d'Anjouan, qui ont eu lieu les 15 et 29 juin 2008 et ont été déclarées libres et justes par les observateurs locaux et internationaux, mais cela n'a pas suffi à effacer les animosités nées du régime de M. Bacar.

Pas de pardon

Propriétaire d'un petit magasin de Nyatanga, Omar Oirdine, 45 ans, sait pourquoi il a été arrêté et torturé. Sur les instructions de M. Bacar, l'antenne de la radio avait été vandalisée, pour empêcher la diffusion des émissions de radio dans les villes situées au niveau de la mer, et notamment à Mutsamudu, la capitale de l'île, mais Nyatanga, situé en altitude, n'avait pas été touché.

M. Oirdine a expliqué à IRIN qu'il savait qui l'avait dénoncé. « C'était les vieux du village, qui m'ont surpris en train de parler de Bacar après avoir écouté la radio », a raconté M. Oirdine à IRIN.

Des soldats sont venus emmener M. Oirdine à minuit. Il a été conduit, en compagnie de quatre autres personnes, sur la piste d'atterrissage, où on lui a ordonné d'insulter de façon obscène la mère d'Ahmed Abdallah Sambi, président de l'Union des Comores.

« Ils nous ont frappés à coups de matraques, surtout sur la plante des pieds ; ils nous ont battus jusqu'à ce qu'on ne puisse même plus crier. Quand ils ont eu fini, ils nous ont dit de nous lever et de monter dans la voiture. Mais nous ne pouvions pas nous lever, nous avons dû ramper », s'est-il souvenu.

Il lui a fallu deux mois pour pouvoir marcher et uriner de nouveau sans mal. « Je sais qui sont les informateurs, et je ne les sers plus dans mon magasin ».

IRIN

# Posté le samedi 13 décembre 2008 07:48

Loi sur la citoyenneté économique : Un vote dans la confusion et la controverse

Depuis quelques jours, les joutes politiques avaient repris dans tous les cercles de discussion. L'examen par les députés du projet de loi amendé sur l'octroi de la nationalité comorienne à des Arabes du Golfe suscite beaucoup de réactions dans la classe politique



JAMAIS dans l'histoire parlementaire des Comores un projet de loi n'a mobilisé les députés, la classe politique et l'opinion publique.
Tout a commencé en juillet dernier lorsque le gouvernement a déposé pour adoption une loi qui proposait la modification du code de la nationalité pour permettre la naturalisation de près de 4.000 familles bidouns, une tribu arabe vivant au Koweït et dans d'autres Émirats du Golfe.
Le parlement avait alors rejeté le texte malgré la pression du gouvernement. Pour les députés et une partie de l'opinion, c'est une façon de brader la souveraineté nationale que de permettre à des étrangers qui n'ont aucune attache de bénéficier de la citoyenneté comorienne moyennant de l'argent et des investissements.
Toutefois le dialogue n'était pas rompu. Après d'intenses négociations avec l'exécutif, une mission parlementaire est parti dans l'Émirat pour enquêter et connaître les tenants et les aboutissants du projet de loi. Le rapport de mission rendu public a émis des réserves sur certains aspects et demandé la révision du texte notamment la différentiation entre la citoyenneté économique et la naturalisation des Bidouns qui sont deux choses différentes qui ne devraient pas figurer dans le même texte de loi.

Débats virulents

A la veille de l'examen du projet de loi en séance plénière, lors d'un débat organisé par le journal "Alwatwan", le Secrétaire Général du Ministère de l'Economie défendait le projet de loi face à deux des opposants les plus virulents.
Pour Houmed Msaidié, ancien Ministre du Président Azali, ce qui choque le plus c'est le fait que ce projet de loi a été initié par une entreprise privée qui commence à devenir omniprésente dans le pays : « C'est la première fois dans un État qu'un groupement privé étranger initie une loi ».
Il s'agit en l'occurrence de Comoro Gulf Holding une société de droit comorien appartenant à un prince de la famille régnante au Koweït qui a plusieurs chantiers en cours dont la rénovation de l'Hôtel Itsandra et la Banque Fédérale du Commerce qui seront tous les deux inaugurés dans quelques jours.
Il a été aussitôt appuyé par Maître Mzimba qui rejette lui le prince au nom de la souveraineté en ces termes : « le caractère le plus choquant de cette loi est la confiscation d'une partie fondamentale de l'existence d'un Etat, la souveraineté d'attribution de la nationalité ».

Séance très suivie

En tant que technicien, Said Abdou l'un des concepteurs du nouveau code des investissements a insisté sur le fait que ses contradicteurs ne s'attachent pas au contenu du projet de loi mais s'arrêtent sur des questions de principe et des procès d'intention alors les inquiétudes des comoriens devraient être levées par la prise en compte des proposition des députés : « le projet n'est plus le même et les objectifs sont différents. Il ne s'agit plus de naturalisation en masse d'un peuple spécifique, mais d'une naturalisation qui touche aux investisseurs étrangers qui présenteront un projet d'intérêt économique pour les Comores ».
Pour revenir à cette folle journée du jeudi 27 novembre, la session parlementaire étant publique, les curieux ont pris d'assaut la mézzanine de l'hémicycle et les autres se sont éparpillés dans l'enceinte du palais du peuple tandis que des centaines de personnes partisans et opposants du projet de loi controversé se sont agglutinées dans la rue. La police antiémeute avait même pris position aux abords au cas où il y aurait dérapage.
Toutefois les affrontements sont restés cantonnés dans la salle où les honorables députés ont échangé arguments, articles de droits et noms d'oiseaux.

Vote confus pour un texte controversé

En fait, la séance plénière ouverte vers 16 heures, en présence de plusieurs membres du gouvernement, s'est déroulée sans incident jusqu'à l'adoption sans débat d'un premier projet de loi relatif à la ratification d'une convention internationale sur la biodiversité, ce ne sera pas le cas pour celui de la citoyenneté économique, qui en a suivi.
Avant de passer au vote, une histoire de validité de procuration a semé le trouble et le président de l'Assemblée a quitté le perchoir pour la seconde fois suivi par les opposants au texte.
Le vice -président a alors convoqué une autre séance plénière et a soumis aux voix ledit projet de loi, en présence de 14 députés dont 4 munis des fameuses procurations contestées. Le texte serait ainsi « adopté » par 18 voix sur 33 députés élus.

Dès le lendemain les palabres ont repris dans Moroni, que ce soit dans les places publiques, les administrations et même au sein des ménages le débat fait rage sur la légalité de ce vote.

# Posté le mardi 02 décembre 2008 22:56

Projet de citoyenneté économique !!!

Les "bidouns" (les sans) constituent 30 % de la population koweìtienne et désignent ceux qui sont nés au Koweìt ou y résident sans avoir la nationalité koweïtienne ni, dans la plupart des cas, détenir une autre nationalité. De ce fait, ils n'ont ni accès à l'université, ni droit à un passeport. Leur nombre dépasserait les 120.000 personnes.

Nos Deputes sont les plus corrompus du monde, ce projet n'a rien d'avantageux pour nous les Comoriens, que des problemes. Le sort du monde depend actuellemenet de la position geopgraphique de notre pays, voila la mafia Arabe souhaite s'infiltrer dans notre pays par toutes les circonstances.Mais nous comoriens, nous disons Non a ce projet. Si Sambi accepte 4 000 familles, ou vont elles vivre, a t il pris en compte les enfants et petis fils de ces familles?? La nationalite economique ne se donne pas comme ca, mais elle se donne quand tout est bien analyse. En contre parti , qu'est ce que les comoriens vont beneficier ? ???

L'affaire avait fait grand bruit en juillet dernier, lorsque les députés de l'Assemblée de l'Union des Comores s'étaient prononcés contre le projet du président Ahmed Abdallah Sambi de naturaliser un grand nombre de familles koweïtiennes susceptibles d'investir dans le pays.

Retournement de situation cette semaine : dans son rapport de mission, la délégation parlementaire qui s'est rendue au Koweït pour s'enquérir du programme de citoyenneté économique entre les Comores et l'Emirat recommande l'adoption du projet, présenté comme ''une opportunité historique'' pour relancer le développement de l'archipel.

Selon le quotidien Al-Watwan, "entre le 10 et le 13 octobre, une mission parlementaire composée de onze personnes s'est rendue au Koweït pour s'informer des dessous du projet de loi portant naturalisation de plusieurs centaines de ressortissants koweitiens (généralement appelés des Bidouns) dans le cadre d'un programme dit de citoyenneté économique".

D'après le rapport, les principales interrogations de la délégation comorienne ont porté sur la sécurité des Comoriens (cohésion sociale, religieuse et culturelle,...) devant la naturalisation d'un nombre aussi important de Bidouns, mais aussi sur la crédibilité de ces investisseurs potentiels, la gestion de la manne financière qui découlera de ce programme, le rôle des opérateurs économiques comoriens dans les projets envisagés, etc.

Le rapport indique que toutes ces inquiétudes ont été levées : "Il est certain que les enjeux économiques et financiers du programme de citoyenneté économique sont importants et que s'il réussissait, les Comores pourraient bénéficier d'infrastructures viables et fiables qui seraient un atout pour attirer d'autres investisseurs en vue d'un développement de grande envergure".

Toujours selon Al-Watwan, le rapport précise que le programme de citoyenneté économique n'est pas une demande officielle du Koweït, mais plutôt un souhait du gouvernement comorien.

Le projet comporte deux volets : d'une part, des investisseurs (toutes nationalités confondues) qui désirent investir aux Comores mais demandent de "solides garanties de sécurité de leurs investissements" ; d'autre part, les Bidouns (lire encadré) qui veulent, à travers ce projet, pouvoir disposer d'un titre de voyage et d'une carte d'identité. "Il n'y a aucun lien entre les deux catégories d'investisseurs", précise-t-on toujours dans le rapport de mission.

Alors que ce projet de citoyenneté économique est actuellement en débat à l'assemblée, une polémique fait rage à Moroni sur l'éventuelle corruption dont se seraient rendus coupables les députés – pour la plupart des adversaires du projet de loi en juillet. Outre que leur voyage a été organisé par la société arabe Comoro Gulf Holding, les députés sont tous revenus du Koweït munis d'un ordinateur portable.
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# Posté le mercredi 26 novembre 2008 08:11